Day 03 de la piscine : Philippe, je ne vois rien !
La piscine 3 a commencé à Epitech. Avec cette journée est arrivé le désarroi des étudiants.

Le lundi 21 septembre, nous avions commencé la piscine à Epitech Cotonou, après un week-end d'intégration à Grand-Popo. La cité balnéaire nous a offert ce qu'elle a de meilleur : la verdure, la fraîcheur et la rêverie. Nous espérions que ce serait le WEI qui délivrerait les étudiants de l'angoisse de la piscine ; mais avec tout cela, voici le troisième jour que ces choses se sont passées !
Vous avez dit My_put quoi ? Table ASCII ? N'est-ce pas multiplication ?
Si les deux jours précédents ont servi à apprendre le Shell et le Bash, le troisième jour démarre avec un langage fondamental de programmation : C. À Epitech, exit les fonctions de haut niveau telles que printf et scanf : l'on fait descendre l'étudiant au plus près de la machine pour communiquer avec elle. Au commencement, était la parole !
En tant qu'Assistant Pédagogique, je ne vivais plus l'angoisse de l'inconnu qu'on me disait facile ; je ne naviguais plus l'opaque obscurité de la table ASCII. Ce qui m'angoissait, c'était le mur entre la capacité des étudiants et ce qu'ils devraient faire ; l'incapacité des étudiants à lire l'erreur pour comprendre ce que la machine attendait ; le manque de patience à regarder les vidéos sur l'e-learning.

Nul besoin de les entendre parler pour comprendre leur détresse. Le désarroi se lisait dans la tête baissée, le visage dépité ou le regard vide ciblant le lointain. Si certains se muraient dans leur mutisme, d'autres trouvaient réconfort dans le bavardage. Ma posture de pédago dès lors consistait à m'approcher de l'étudiant afin de lui montrer un peu de lumière, sans pour autant lui offrir la réponse sur un plateau d'or.
Philippe, je ne vois rien !
Quoi donc ? Demeurerions-nous dans l'observation de leur angoisse afin que la compétence surabonde ? Loin de là ! Ceux qui ont souffert et sont devenus techniquement bons n'y sont parvenus que parce qu'ils ont trouvé une étincelle et l'ont suivi. Voyant les étudiants perdus, je me décidai à montrer cette étincelle.
Tenant le micro dans la main, les bras croisés dans le dos, je soulevais mes pas dans l'absolu silence lorsqu'une voix tremblante me fit arrêter dans mon élan :
APE Philippe, je t'assure que je ne vois rien ! Je ne comprends rien !.
Lorsque je me retournai, celui qui venait de m'interpeller avait le regard droit et quêtait le secours. Ailleurs, les accompagnateurs étaient occupés à répondre à d'autres. Je me portai donc à son secours. Et dans une démarche socratique, nous parvînmes à déceler ce qui se cachait sous Printf, fonction interdite, et remontâmes le cours du fleuve jusqu'à la table ASCII. De là, nous eûmes la grâce de voir comment l'ordinateur parvenait à écrire une seule lettre à l'écran. Il en déduisit qu'une boucle devrait permettre d'écrire toutes les lettres de l'alphabet qu'on lui demandait. Dès lors, je le laissai à son sort, confiant qu'il devrait pouvoir continuer seul son chemin de croix ; rien ne serait facile, cela s'entend !
Ailleurs, un étudiant demandait à l'accompagnateur ce qu'il entendait par Putchar ou encore ASCII table.
Ne serait-ce pas la table de multiplication ?
Gardez-vous d'en rire ! Le propre de l'école, c'est de parvenir à faire, de la personne avec une telle réflexion, un concepteur capable de questionner l'existant et de construire un bien meilleur.

Plus loin un autre avait terminé, mais il peinait à comprendre pourquoi chaque lettre s'affichait à la suite de la précédente sans lui laisser le moindre espace. Je ne pouvais répondre à son interrogation, ce serait court-circuiter son incroyable démarche de recherche de vérité.
La day 04 arrive, plus profond, plus dur. Mais la lumière au bout des profonds tunnels est ce qui est des plus mémorables.

